top of page
  • Instagram

Une première semaine riche en Argentine

  • Kevin et Isabel
  • 10 avr.
  • 10 min de lecture
ree

Après plus d'un mois au Chili, un petit crochet par l'Argentine s'impose. Déjà parce qu'on est arrivé quasiment au bout de la Carretera Austral, et donc de la route, situé à Villa O'Higgins. Ensuite parce qu'El Chaiten et El Calafate font partie des incontournables de la Patagonie. Notre plan initial, comme pour beaucoup de voyageurs, consistait à se rendre à Chile Chico pour traverser vers Los Antiguos pour prendre un car vers El Chaiten.

Mais nos retrouvailles du week-end, au costumbrista de Cochrane, ont bousculé nos plans. Laura et son copain nous proposent de traverser la frontière avec eux et de nous amener à notre destination. Une sorte de stop sur mesure, assurés d'être en bonne compagnie. On parvient à se faire rembourser une partie de nos billets de car et on se retrouve le lundi matin. Un passage à la station essence puis à la gomeria, pour vérifier les pneus, un hamburger englouti et nous voilà sur la route. L'avantage d'avoir son propre véhicule, c'est qu'on peut passer par où on veut. On s'épargne donc la remontée vers Chile Chico et on traverse un lieu dont tant de gens parlent et qu'on ne pensait pas avoir la chance de voir : le parc Patagonia. On peut y observer nos premiers guanacos, de la même famille que les lamas. La route est certes un peu plus accrochée qu'une route normale mais les paysages valent le coup. Installés à l'arrière du 4x4 cellule, on profite de la grande fenêtre pour observer ce qu'il se passe. On tente tant bien que mal de discuter avec nos pilotes par talkie-walkie mais la batterie ne tient malheureusement pas le coup.


ree

On finit par arriver au premier poste frontalier, pour sortir du Chili. On doit d'abord attendre qu'une famille termine avec les douaniers, puis que Laura et Alexis passent avant. On repart pour quelques kilomètres et on finit par voir le poste frontalier argentin. Le douanier est seul dans une énorme bâtisse, au milieu de nulle part, dans laquelle on peut voir du vieux matériel électronique hors d'usage. Petite cerise sur le gâteau en passant par cette frontière, on a le droit à un tampon d'entrée en Argentine, ce que les autorités ne font plus sur les postes plus fréquentés. Même s'il n'a rien de spécial, on apprécie quand même cette preuve du passage dans un nouveau pays.

ree

A partir de là, on n'arrête pas... de s'arrêter. Les paysages sont magnifiques, les guanacos continuent de nous accompagner, on essaie de capturer chaque instant dans ce nouveau pays. On fait aussi des arrêts un peu moins glamours, à côté de carcasses d'animaux (chevaux, guanacos). Certains meurent même coincés dans les barbelés dressés pour délimiter les différentes énormes propriétés du coin. Parmi nos nombreux stops, on peut apercevoir, au loin, des flamands roses ou encore deux arcs-en-ciel sur la route. Une fois la nuit tombée, l'excitation laisse place à l'appréhension, car il faut trouver un endroit où dormir qui convienne également pour qu'on puisse planter notre tente. Grâce à une application, Alexis note un point, proche de la route 40 sur laquelle nous sommes. Arrivés sur place, il allume les lampes latérales de la cellule et on peut planter la tente, à l'abri du vent, pendant que Laura et Isabel font à manger. Malgré quelques rafales, l'endroit semble bien pour passer la nuit. Même si on voit d'étranges trous creusés à proximité, faisant penser à des tombes. Maintenant que la tente est installée, on reste sur place, en étant aux aguets des moindres bruits.

Malheureusement pour nous, le vent de la Patagonie n'est pas une légende. Alors qu'on trouve péniblement le sommeil dans notre petite tente, le vent souffle de plus en plus fort. Jusqu'à ce qu'elle finisse par nous tomber dessus... Pour des questions de place et de poids, on avait fait le choix de partir avec une tente de type tarp, sans ossature et qu'on dresse à l'aide de bâtons de marche. Mais sur un sol où on peut difficilement planter les sardines, et donc difficilement tendre la toile, avec d'importantes rafales de vent, on a constaté les limites de notre choix de matériel. Kevin sort donc, à 2 heures du matin, pour redresser tant bien que mal la tente. Elle tiendra finalement le reste d'une nuit où le sommeil a été dur à trouver.




Le réveil, très matinal, permet d'apprécier les premières couleurs du jour. Isabel voit même deux renards se balader sur une colline. Après un petit déjeuner à base de dulce de leche, on peut reprendre la route. En plus de nombreux guanacos sur le bord de la route, on aperçoit quelques nandus, des sortes d'autruche d'Amérique du sud. Arrivés sur la route 40, une des principales du pays, on trace aussi vite qu'on peut. On trouve, au milieu de nulle part, une borne Wi-Fi pour notre pause déjeuner. Après deux jours sans connexion, on peut rassurer tout le monde. La dernière partie est compliquée pour tout le monde, après deux jours de route. Mais, finalement, on touche au but. On aperçoit, au loin, un de nos objectifs : le mont Fitz Roy, surplombant la petite ville d'El Chalten. Laura et Alexis nous déposent à notre logement et on peut alors se lancer dans notre rituel de l'arrivée dans un nouveau pays.


ree

Pour notre première journée à El Chalten rien de bien fou : retirer de l'argent, acheter une carte sim. Oui mais voilà, l'Argentine va se révéler coriace.

Premier problème : le retrait d'argent. Ici, à cause de l'économie plus que difficile, les frais de retrait imposés par les banques argentines sont exorbitants. Et elles limitent à une quarantaine d'euros chaque retrait. Payer 10€ de frais pour en retirer 40, aucun intérêt. Alors on crée notre compte Western Union pour s'envoyer de l'argent à soi-même. Tout un concept ! Deuxième problème : le système Western Union défaillant à El Chalten. Lors de notre première journée dans le village on est peut-être allés une demi douzaine de fois au bureau et à chaque fois même réponse : on est bloqué, le système ne fonctionne pas...

C'est très handicapant de ne pas avoir de monnaie en Argentine car si vous payez en carte, c'est 10% de frais en plus sur la note. Mais pour le moment pas le choix...

Troisième problème : la carte sim. Bon un peu moins difficile cette fois mais un petit challenge tout de même. Car, pour l'activer il nous faut internet et, ce jour-là, à cause du vent, il n'y a plus de wifi dans le village. Sauf à la station de bus ! Alors nous voilà à squatter les environs pour essayer d'activer notre carte sim... Ah les joies du voyage !

Heureusement que cette journée de péripéties est ponctuée par une coïncidence rigolote. Alors qu'on marche dans les rues d'El Chalten on aperçoit une silhouette familière devant nous. Isabel crie un "Florent !" et c'est bien notre québécois préféré qui se retourne ! Heureux de se retrouver, on va boire un coup et manger un bout sous le soleil argentin. L'occasion pour lui de nous raconter ses aventures. Le soir, on se retrouve tous les trois ainsi que Laura et Alexis pour notre première glace argentine (succulente d'ailleurs !).



Le lendemain débute notre premier challenge en Argentine : on s'attaque à la randonnée du Fitz Roy. Au programme, 22 km et 1050 m de dénivelé. Certains la font de nuit pour y être au lever de soleil. Nous, on vous avoue qu'on tient trop à notre sommeil. Il est 6h30 et c'est à la frontale qu'on débute la randonnée. Très vite, le jour se lève et les nuages se teintent d'un peu d'orange. On a une belle vue sur la vallée et le fleuve serpentant en son creux. Un peu plus loin, on longe la laguna Capri. À cette heure de la journée, l'ambiance est paisible. Au loin apparaît le Fitz Roy. Le tout ressemble à un tableau aux couleurs matinales.


ree

Encore quelques kilomètres et nous voilà au pied de la dernière montée. On nous avait prévenu, on sait que le plus dur reste à venir. Jusqu'à présent c'était une promenade de santé. Pour le dernier kilomètre, il nous reste 400m de dénivelé. Ça va faire mal aux jambes. On prend quelques forces et on se lance. Plus on monte et plus on croise de monde redescendant. Les courageux du lever de soleil. Ce qui permet de faire quelques pauses, de reposer le cœur et de laisser souffler les jambes. Au bout de 45 minutes on a l'impression de voir le bout. Une dernière montée et on devrait apercevoir la lagune au pied du Fitz Roy. Oui, mais les choses se corsent... La pluie et le vent se mêlent à la partie et on se dépêche d'avancer de peur de voir disparaître les pics rocheux.



Lorsqu'on arrive enfin, les nuages ont déjà gagné beaucoup de terrain. Mais on peut encore deviner le Fitz Roy et la lagune garde sa couleur magique. On descend sur sa rive et on s'installe sur les rochers. On attend peut-être une quarantaine de minutes en espérant que les nuages se lèvent. Le temps est tellement changeant en Patagonie et le vent souffle fort ici... Mais plus le temps passe et plus les nuages recouvrent Fitz Roy et ses voisins d'un épais manteau. Il fait froid et il pleut de plus en plus. Quand on pense à la descente qui nous attend, on n'a pas envie de la faire sous la pluie. Un dernier regard pour le lieu magnifique, presque mystique avec les nuages et on repart. On croise un couple de français qu'on connaît depuis quelques semaines. Eux n'auront aucune chance avec la vue.


ree

La descente est compliquée, la pluie rend les roches glissantes, il faut être très prudent. C'est fatigués qu'on termine ce premier kilomètre. Le reste est plus tranquille et la pluie finit par cesser. On jette fréquemment des regards derrière nous mais Fitz Roy ne se découvrira plus de la journée. Une fois au village, on fait un petit crochet vers la chapelle des grimpeurs, montée en l'honneur des personnes perdant la vie dans cette région d'aventure.

Pour notre dernier jour on décide d'enchaîner avec une randonnée de 18 km et 530 m de dénivelé. Le but est de préparer notre corps pour le trek de quatre jours qui nous attend un peu plus tard. Beaucoup moins de vent cette fois-ci. Il faut dire qu'une partie se déroule en forêt, passage qu'on a surnommé le royaume des chenilles vu le nombre d'entre elles qui sillonnent le chemin. La vue se déploie sur de beaux glaciers et on peut presque deviner le Fitz Roy, toujours timide derrière les nuages. On aperçoit même des petits perroquets dans les arbres.



On arrive enfin à la laguna Torre, sans trop de difficulté si ce n'est la fatigue dans les jambes à cause de la veille. Ici, les bourrasques de vent sont terribles, peut-être même les plus fortes expérimentées jusqu'alors. Mais les rafales doivent être habituelles car sur la plage de galets on peut apercevoir des petits murets construits en bois flotté. On s'abrite dans l'un d'eux le temps de profiter du cadre. La lagune repose dans un écrin de pics rocheux, toujours principalement cachés dans les nuages. L'eau, d'une couleur plutôt gris laiteux, est parsemée d'icebergs d'un camaïeu de bleus.



On ne reste pas longtemps sur la plage car le vent ne rend pas l'expérience très plaisante. Un dernier regard et nous voilà sur le retour. On s'arrête seulement pour un pique-nique avec vue sur glacier et pour une observation de condor (toujours aussi majestueux !). Il ne faut pas trop trainer car nous avons un bus à prendre le soir même.

Une fois de retour à El Chalten, on prend nos sacs, on boit une bière avec quelques français et nous voilà en route pour El Calafate.


ree

C'est là que les galères du voyage reprennent. On passe la journée à essayer de faire un Western Union mais rien à faire. On commence un peu à stresser. Après de nombreuses recherches, on finit par monter un groupe pour aller au glacier Perito Moreno, l'attraction principale de la ville. Malheureusement la solution la plus économique pour y aller est de prendre un taxi, qu'il faut payer en cash. Alors on craque et on retire de l'argent au distributeur. En deux fois. Avec 10€ de frais à chaque fois.

Bon, dès le lendemain toutes ces déconvenues sont oubliées. Nous sommes dans le taxi avec un couple germano-egyptien dont nous avons eu le contact par Florent le Québécois. Ah les voyages, c'est quelque chose ! Notre chauffeur Flavian, très sympa, écoute du Bad Bunny. On réussit à rentrer dans le Parque de los glaciares (parc des glaciers, le nom annonce la couleur) grâce à nos vieux certificats étudiants. À partir de là, la route devient magique. On longe un lac entourés de montagne sur lequel on voit parfois flotter des morceaux de glace.


ree

En faisant à peine quelques mètres du parking et on est déjà époustouflés par la vue. Lorsqu'on pose ses yeux sur le Perito Moreno on en a presque le souffle coupé. Les mots nous manquent et on a un peu les larmes aux yeux devant tant de beauté.

C'est un peu frustrant pour nous de se dire que l'une des plus belles choses qui nous ait été donnée de voir lors de nos voyages soit si facile d'accès.

Pendant trois heures, on marche sur des plateformes en ferraille qui nous permettent de longer une des faces du glacier. On admire sa hauteur visible (car sous l'eau il y a encore 100 m), ses pics et surtout ses blocs qui se détachent. Car le spectacle du Perito Moreno n'est pas seulement visuel mais il est aussi auditif. Il craque à longueur de matinée et on est constamment à l'affût d'un bloc de glace tombant dans le lac. Alors on se retrouve tous à jouer à 1,2,3 soleil avec un glacier, s'arrêtant de marcher dès qu'un bruit se fait entendre. Après avoir pris les deux principaux sentiers longeant le Perito Moreno, on prend la passerelle côtière. Elle nous éloigne un peu du glacier mais nous permet de longer le lac d'un bleu turquoise presque irréel. D'un bleu tellement beau qu'il ne rend pas aussi bien en photo. On s'extasie devant les icebergs un peu plus éloigné, dont un immense.



En remontant vers le parking on n'avance pas très vite, faisant des pauses régulièrement pour faire durer le moment. Les montagnes, le bleu de l'eau tranchant avec les couleurs automnales des arbres environnants. Et lui, trônant par son immensité au milieu du tableau. C'est avec regret qu'on se détourne définitivement.

On rentre en début d'après-midi au logement et c'est très bien comme ça. Après ces derniers jours très chargés, aussi bien physiquement que mentalement, il nous faut du repos pour affronter le prochain challenge qui nous attend.

 
 
 

Commentaires


bottom of page