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On n'a jamais autant galéré à tracer un W qu'à Torres del Paine

  • Kevin et Isabel
  • 11 avr.
  • 10 min de lecture
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Qui dit nouveau voyage dit nouveau trek de plusieurs jours. Après s'être rodé sur le Heaphy Track, en Nouvelle-Zélande, et le Salkantay, au Pérou, on avait coché le W, dans le parc de Torres del Paine, au Chili, sur notre liste. Les Français qu'on a pu croiser sur notre chemin avant d'entamer ces quatre jours de marche nous avaient prévenus : on va aller sur le "Disneyland" de la rando.

Avant de partir à l'aventure, on parcourt Puerto Natales pour louer un réchaud. On a déjà notre tente, expérimentée à plusieurs reprises sur la Carretera Austral, nos duvets et nos matelas. Après une matinée de recherche, on trouve notre bonheur : 2000 pesos par jour (soit 2€) pour quatre jours. On fait aussi le stock de nourriture et, ayant appris de nos erreurs, on ne se contente pas simplement de nouilles instantanées. On trouve notamment des raviolis ou du riz au saumon dans des emballages adaptés à la randonnée. Mais on fait aussi le plein de bonbons, chocolat et autres petites gourmandises qui font du bien quand on marche plusieurs jours.


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Le jour-J arrive et on doit être au bus à 7 heures. Après trois heures de trajet, changement de moyen de transport pour laisser place à un bateau. Aux environs de 11h30, on peut installer notre tente, déjeuner et lancer notre première journée.


Jour 1 : aller-retour jusqu'au Glacier Grey (23 km - 662 de dénivelé positif)


On part rarement si tard, environ 13 heures, pour une rando si longue. L'avantage, c'est qu'on ne croise pas grand monde. Très rapidement, le chemin se trouve plein de cailloux, donc il faut faire attention aux endroits où on pose les pieds. Puis, sur les premières hauteurs, le vent souffle fort. On longe une première lagune avant d'arriver au niveau d'un lac qui va nous suivre jusqu'au bout, le lac Grey.




Le chemin vallonné nous casse un peu les jambes. On traverse notamment un passage où un incendie a fait rage pendant plus de dix jours, en 2011. On finit par arriver au campement Grey, il nous reste alors une centaine de mètres à parcourir pour arriver au point de vue. Là, tous nos efforts sont récompensés. En plus du glacier, de la même forme que le Perito Moreno, en moins impressionnant tout de même, on peut y voir plusieurs énormes blocs de glace. Mais on n'a pas vraiment le temps d'en profiter. Il faut repartir dans le sens inverse pour ne pas rentrer trop tard à notre camping.




Le vent souffle un peu moins fort qu'à l'aller mais on reste attentif pour éviter de se faire cueillir. Sur le bord du chemin, on aperçoit un caracara, un rapace typique de l'Amérique du Sud. On profite un peu des dernières lueurs du jour pour arriver au camping, tout en appréciant les couleurs du coucher de soleil. Une fois sur place, on croise notre ami québécois, qui venait d'arriver, lui faisant le trek dans le sens inverse. On se raconte nos aventures depuis la dernière fois qu'on s'est vu en dinant ensemble. Il nous promet une très belle journée pour le lendemain, sa préférée depuis qu'il est dans le parc. Puis, on se sépare avec un peu d'émotions car on sait que c'est la dernière fois qu'on se voit en Amérique du sud, lui rentrant chez lui dans la foulée. Mais on se fait la promesse de se voir à Montréal pour partager une poutine ! Place au repos bien mérité avant une nouvelle grosse journée.


Jour 2 : entre Paine Grande et Cuernos, la journée de l'enfer (26km - 1077m de dénivelé positif)


Au réveil, notre ami québécois est déjà parti à l'aventure vers le glacier Grey. Le temps de prendre notre petit-déjeuner et de ranger la tente et nous voilà nous aussi sur le chemin. Notre premier objectif est le refuge Italiano, où on pourra laisser notre plus gros sac. Il faut tout de même parcourir sept kilomètres pour y parvenir, "de plat" nous avait-on dit. Après l'avoir fait, on dirait plutôt vallonné, avec quand même quelques belles montées. On longe le lac Skottsberg jusqu'à notre première étape du jour.


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Une fois sur place, on constate que nous ne sommes pas les seuls à nous être délestés de notre sac. Une pause, le temps de remplir les gourdes et refaire nos forces, et on se lance à l'assaut du dénivelé du jour. La première partie, jusqu'au mirador Frances, nous met en jambes. Ça ne fait que monter. D'abord sur des pierres et petites cascades, ensuite en pleine forêt sur de la terre qui glisse sous nos pieds. Quand on arrive au mirador, on est déjà bien fatigués. Mais la vue sur le glacier nous fait presque oublier l'effort. Presque. Beaucoup font demi-tour après Frances, nous on décide de pousser jusqu'au mirador. Après tout, Florent nous a promis la meilleure vue de tout le W. Et puis on veut aussi se dire qu'on l'a fait en entier !


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Alors c'est reparti. La difficulté ici n'est pas tant le dénivelé mais plutôt le temps qui semble s'étirer à l'infini. Fatiguée, Isabel demande aux personnes qu'on croise en sens inverse si le mirador est encore loin. Et leurs réponses se contredisent... Ce qui a le don de nous désespérer. La grande partie de cette portion se déroule dans la forêt vallonnée. Après une pause sur un tronc d'arbre face à une rivière translucide, on débarque dans une clairière de cailloux. On est entourés de montagnes aux pics rocheux vertigineux mais pas le temps de s'émerveiller. On en a tellement marre qu'on veut juste arriver au mirador pour souffler un bon coup. Le mental a du mal à suivre mais il s'accroche à ce que nous a dit le Québécois. Il nous reste 10 minutes de semi escalade au milieu de gros rochers et enfin on est au mirador ! On souffle un grand coup, on ouvre grand les yeux et... On est déçus. C'est beau c'est vrai mais on a l'impression d'avoir la même vue depuis plus d'une heure. Est-ce que ça valait vraiment l'effort ? C'est la question dont on aura jamais vraiment la réponse.



On mange notre sandwich devant cette vue à 360 et on redescend. Le retour jusqu'au mirador Frances est plutôt rapide et on continue vers Italiano où nous attend notre grand sac. La descente est longue, les jambes sont lourdes et il faut rester vigilants sur les cailloux humidifiés par le ruisseau.

Enfin on aperçoit le toit du refuge ! On refait le plein des gourdes, on s'allonge un instant sur la terrasse en bois. C'est difficilement qu'on retrouve le courage et la force de reprendre le chemin. Car il nous reste encore 5,5 km jusqu'à notre campement. On nous avait promis du plat mais on n'y croit plus et à raison ! Une longue descente avec une belle pente, des montées qui se succèdent et un chemin toujours très désagréable avec ces cailloux. Le sentier débouche sur le lac Nordenskjöld. La lumière de fin de journée rend la scène très belle mais on admet qu'on aurait préféré éviter cette plage de galets. On a surtout l'impression qu'à chaque virage nous attend une nouvelle difficulté et on ne profite plus vraiment du moment présent. On aperçoit enfin les premières tentes ! Mais il faut encore déambuler entre les arbres et les emplacements avant d'atteindre la réception. Et alors qu'on pense être enfin libérés de cette journée de l'enfer, on débloque un nouveau niveau de difficulté...

Ici pas d'emplacement à même le sol, il n'y a que des plateformes en bois. Petit hic, ce n'est absolument pas adapté pour notre tente tarp. Les crochets ne sont pas atteignables par nos tendeurs... Un couple de Français rencontrés à Puerto Natales nous dit qu'on leur a prêté une visseuse. À ce stade de désespoir et de fatigue on tique à peine. On retourne à la réception pour récupérer la fameuse visseuse. Vous pensez que cette journée infernale se termine là ? Détrompez-vous ! La première vis est à moitié enfoncée dans la plateforme que la machine tombe en panne. Désespérés, nous voilà de retour à la réception où on nous explique que leur deuxième batterie est à plat. On nous tend un pauvre marteau en guise de solution. Trop aimable.

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Finalement on finit par nous indiquer un des seuls emplacements sans plateforme. Malheureusement, vous l'aurez compris, le cauchemar ne s'arrête pas là. Si la majorité des emplacements sont des plateformes, c'est qu'il y a une bonne raison à cela. Le sol est rocheux. Impossible de planter nos sardines. On aura donc payé 90€ pour dormir dans une tente mal tendue. On nous avait dit que le trek W était une arnaque, au camping Cuernos on a eu un peu cette impression. On se cuisine nos raviolis et on file se coucher en espérant ne pas trop mal dormir. Il est temps de mettre fin à cette journée cauchemardesque.



Jour 3 : une journée plus tranquille, jusqu'au camping Central (13,5 km - 54 m de dénivelé positif)


Pour cette troisième journée, deux choix s'offrent à nous : aller au camping central, à l'entrée du parc, ou tenter d'aller à Chileno, sur le chemin vers les Torres, sans aucune garantie de pouvoir installer notre tente et avec le risque de devoir redescendre au central. Avec la fatigue, malgré une nuit étonnamment bonne dans notre tente mal tendue, on décide de jouer la sécurité et on se rend directement au camping central. Le programme du jour ne présente rien d'exceptionnel mais on reste à l'affût d'un éventuel puma. Surtout qu'un couple de français, qu'on avait croisé au logement avant le grand départ et qu'on croise ce jour-là, nous dit qu'il est probable qu'un de ces félins se trouve dans le secteur. On y croit de moins en moins au fur et à mesure qu'on avance. Et on se montre impatient à l'idée d'arriver au camping. Surtout qu'on l'aperçoit près 30 minutes avant notre arrivée. Et 30 minutes, quand on est fatigué et qu'on en a plein les jambes, c'est long... On passe devant l'hôtel puis les derniers mètres vers le camping.

On retrouve un sol où on peut planter correctement notre tente ! On se met au calme et on profite de l'après-midi pour se reposer et sympathiser avec... des Français, évidemment. Eux terminent le O, une randonnée de minimum huit jours pour faire le tour du parc. Après dîner, on part même avec une fille du groupe à la "chasse" au puma, se rajoutant une bonne heure de marche. À croire que les jours précédents n'ont pas suffi. Et encore chou blanc... On croit bien apercevoir un peu de mouvement au loin, à un moment donné, mais la pénombre ne permet pas de savoir ce qui a bougé. Une nouvelle nuit de repos nous attend, en croisant les doigts pour voir un puma, le lendemain. Surtout avec un réveil matinal pour aller vers les Torres. Certains règlent le réveil pour y être au lever du jour, nous on se contentera d'essayer d'y être au moment le plus propice selon la météo.


Jour 4 : Un départ matinal pour las Torres (22km - 1014m de dénivelé positif)


Le réveil à 5 heures du matin pique un peu. La fatigue accumulée des trois derniers jours se fait sentir. Mais pas le temps de se plaindre, on s'active et on est efficace. On remballe la tente humide qui ramasse tous les cailloux du coin. Pas le temps de peaufiner. On dépose le grand sac dans le coin prévu à cet effet, on remplit les gourdes et, à 6 heures, nous voilà sur le chemin. À la lampe frontale. Le moindre bruit et on est à l'affût d'un puma. Pour le moment, sans réussite. Après 30 minutes de marche et les premiers mètres de dénivelé on s'arrête sur la roche pour le petit déjeuner. Les jambes se traînent et le cœur s'emballe déjà, la suite s'annonce compliqué. Aujourd'hui ce sont plus de 1000m de dénivelé qui nous attendent. Et on nous a promis une dernière montée vraiment difficile. Mais c'est notre dernier jour alors on puise dans nos réserves.

Finalement, on est surpris d'arriver assez vite à la fin de la première partie du dénivelé.


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Par contre, la partie qui nous attend n'est pas pour ceux ayant beaucoup de vertige. Car devant nous s'étend un chemin un peu étroit et vallonné, plutôt tracé à flanc de montagne. Il répond au doux nom de "Paso de los vientos" (passage du vent). Rassurant. Cette fois nous sommes chanceux avec la météo car il n'y a même pas une légère brise. C'est donc plutôt sereins, mais toujours prudents, qu'on s'engage dessus.

La vue sur la vallée est magnifique et on arrive rapidement au campement Chileno, où on aurait souhaité camper mais il était complet (on a bien fait de dormir au Central). Ici toujours le même rituel : petite pause et remplissage de gourde. Il nous reste moins de quatre km jusqu'aux Torres, point d'orgue de la randonnée. La première partie est plutôt tranquille. Assez plat, le chemin zigzague sous les grands arbres. Alors qu'on arrive en bas de la dernière montée (le gros morceau du trek), on croise des Français rencontrés au campement qui s'étaient levés tôt pour voir le lever de soleil. Énergisés par leur commentaires on se lance à l'assaut du dernier kilomètre. À partir de là, plus de plat mais des gros blocs de roches formant un escalier casse-pattes. A seulement quelques mètres de l'arrivée, un condor flotte au dessus de nos têtes, comme pour nous souhaiter la bienvenue. Cet oiseau immense vole au dessus des montagnes caressées par une lumière bleutée. On reprend notre respiration devant tant de beauté et on franchit les derniers mètres qui nous séparent des Torres. Elles sont là, partant à la conquête du ciel, et elles sont comme dans toutes ces photos qui nous ont fait rêver bien avant notre départ. C'est LA scène à laquelle tous les passionnés de cette région pensent et on y est vraiment ! Un rêve de plus qui se réalise.


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On reste sur les berges de la lagune s'étendant devant les Torres pendant une petite heure. Le temps de profiter, prendre des photos et voir comment évoluent les nuages. Lorsque l'heure vient de redescendre, on les embrasse du regard une dernière fois. Le retour est usant au début. Pas par la difficulté du sentier mais par le fait que les bus de touristes faisant la randonnée à la journée ont débarqué. Il faut donc toujours laisser passer ceux qui montent (code de la randonnée oblige) et ils sont par paquet de dix, quand ce n'est pas de 15. Une fois ce premier kilomètre passé, le reste se déroule sans encombre. À part pour les jambes, qui crient grâce.

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Après avoir savouré nos dernières nouilles instantanées et pris la navette pour nous rendre à l'entrée du parc, on attend patiemment notre bus. Qui arrive avec une heure d'avance ! On le rate presque car on ne se précipite pas dedans pensant que nous avions le temps... Mais le comportement de notre chauffeur au loin paraît suspect et en s'approchant on se rend compte qu'il est en train de donner nos places à d'autres gens ! On se dépêche de s'asseoir à nos sièges et voilà le bus qui démarre, avec 40 minutes d'avance... Normal.

Au moins on arrive plus tôt que prévu à Puerto Natales et ce n'est pas pour nous déplaire. Le temps de rendre notre réchaud de location et nous voilà assis à la table d'un restaurant pour déguster un succulent asado. Le chorizo et les côtelettes d'agneau fondent dans nos bouches. Après tant d'efforts et de péripéties, quoi de mieux pour clôturer cette aventure exceptionnelle ?


 
 
 

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