Un crochet par le bout du monde à Ushuaia
- kevinbessiere
- 13 avr.
- 5 min de lecture

On ne pouvait pas aller en Patagonie sans pousser jusqu'au bout : Ushuaia. Parmi les nombreux voyageurs croisés sur le chemin, certains y avaient commencé leur périple mais ne recommandaient pas forcément. "Tout est plus beau après", "C'est cher"... Mais cette destination faisait partie des lieux dont on entend parler depuis tout petit, qu'on imagine inaccessible. Alors, quand on se trouve qu'à une journée de bus, on y fonce ! Surtout que, pour se rendre à Ushuaia, il faut traverser le détroit de Magellan, autre lieu mythique. Le passage en ferry est court mais un peu agité. On remonte dans le bus et on s'occupe comme on peut sur le trajet. On peut surtout profiter des magnifiques paysages que proposent les environs de notre destination finale.
Arrivés à Ushuaia, on se rend compte qu'il n'y a pas de terminal de bus, juste un parking où les voyageurs descendent. Heureusement, on n'a pas très loin où aller pour nous rendre à notre logement. On remonte trois rues et nous voilà installés. Mais pas de temps à perdre, ce jour-là est férié et ce n'est pas pour n'importe quelle raison : c'est carnaval. On pose nos affaires et on ressort de suite pour en voir une partie. Il s'agit de la fin mais on peut quand même apprécier quelques costumes (ou bouts de tissu pour certaines filles qu'on plaint un peu vu le froid). On trouve un choripan à manger dans la rue et on rentre chez nous, après une petite promenade sur les quais.
Le lendemain, on décide de faire une randonnée vers le glacier Vinciguerra. On cherche à commander un Uber pour nous rendre au début du sentier mais l'application n'accepte pas les paiements en carte. On se retrouve, comme lors de notre première semaine en Argentine, bloqués car sans espèce. Heureusement, contrairement à El Chalten ou El Calafate, Western Union fonctionne vraiment à Ushuaia. On se rend au plus proche, dans un... Carrefour, pour récupérer le virement effectué il y a plus d'une semaine. Cette fois, c'est bon, on peut partir en randonnée. Avec des énormes liasses de billets dans le sac.
Le cadre est magnifique, on aperçoit notre objectif au loin. Mais surtout, on doit se montrer très prudent à cause de la boue. Le chemin est à la limite du praticable, on saute de bout de bois en bout de bois pour essayer de ne pas s'enfoncer. On était prévenu de cette difficulté mais les premiers mètres n'ont fait que confirmer cette information. Après une vingtaine de minutes à éviter au maximum la boue, on entre dans un bois où ça commence déjà à grimper. Aucune difficulté apparente mais, avec encore le trek de Torres del Paine dans les jambes, on a parfois un peu de mal. Quand ça ne monte pas, on retrouve la boue du début. Elle va nous accompagner jusqu'au bout. On ne croise pas grand monde sur le trajet, ça permet de prendre son temps et de choisir la meilleure alternative sur le chemin.
On arrive finalement à sortir du bois et on mesure ce qu'il nous reste à parcourir. Avec une bonne montée pour terminer. Mais avant de lancer cet effort, on longe une petite rivière, venue directement du glacier. Sur le retour, elle nous servira même de ravitaillement en eau. On monte chacun à notre rythme pour finalement profiter de ce glacier et sa lagune. On y déjeune même devant, en voyant des petits groupes partir jusqu'à le toucher. N'en voyant pas l'intérêt, on repart dans l'autre sens. On croise un peu plus de monde qu'à l'aller, certains nous demandant jusqu'à quel moment il y aura de la boue. Notre réponse n'est pas forcément pour leur plaire.

On descend beaucoup plus vite qu'on est monté et, ça tombe bien, les premières gouttes se font sentir. On sort du sentier en espérant une bonne bière en récompense car on nous avait parlé d'une petite brasserie. Elle est malheureusement fermée. Coup dur, en plus d'être privés d'une bière, on ne peut même pas récupérer le wifi nécessaire pour commander un Uber. On avance un peu pour aller à l'arrêt de bus. On demande à des gens sur place s'ils connaissent les horaires de passage, ils nous répondent qu'il n'y en a pas beaucoup aujourd'hui car c'est férié... On traverse la rue pour découvrir une sorte de petite cabane qui fait office de supérette. On doit sonner si on veut acheter quelque chose. On tente notre chance et on demande s'il a du wifi. Il nous l'échange contre un achat. Ça tombe bien, il a de la bière et on avait prévu d'en boire une ! Finalement, tout se passe comme prévu : on boit une bière Patagonia en attendant notre chauffeur pour rentrer en ville.
De retour dans Ushuaia, on recharge notre carte sim pour un mois. On se balade en ville, avec notamment l'objectif de mettre des tampons de la ville, non pas dans le passeport comme c'est déconseillé de faire, mais dans un petit carnet qu'on a exprès. Ushuaia rejoint donc le tampon du Machu Picchu ou du plus récent Torres del Paine.
Pour notre deuxième (et déjà dernier) jour sur place, on hésite à se rendre sur un autre chemin de randonnée pour voir une lagune. La météo n'étant pas très clémente, on décide de ne pas prendre le risque d'être tout sale alors qu'on doit prendre le bus dans la nuit. La journée consiste à se balader en ville, notamment vers les stands d'artisanat (des vrais, pas comme souvent où ils vendent tous la même chose). Un peu trop encombrant pour nos petits sacs cependant. On déjeune à une sorte de baraque à frites décorée à l'effigie de Diego Maradona, nommé "El D10S del sandwich", rien que ça. Notre commande était à la hauteur du nom du lieu. Pour ponctuer cette promenade, on s'est rendu dans un salon de thé pour manger d'énormes alfajores, les meilleurs de la ville selon... le salon.
Après avoir récupéré nos sacs à notre logement, on va visiter le musée de la fin du monde. Un peu décevant, même s'il permet de prendre conscience de comment les gens vivaient avant et qu'il nous apprend quelques éléments historiques, comme les tensions entre l'Argentine et le Chili dans cette région pour le tracé de la frontière. À la fermeture du musée, on prend la direction d'un bar. Car, souvenez-vous, il n'y a pas de terminal à Ushuaia. Et on ne se voit pas attendre dehors jusqu'à 3 heures du matin. Le bar en question ferme très tard, idéal pour nous. On y retrouve un couple de français croisé à Chaiten et revu à plusieurs reprises depuis, avec une connaissance à eux. On boit quelques coups, on mange. Pour finalement se rendre au parking où notre bus doit passer. On est bien content de ne pas avoir attendu dehors trop longtemps car la nuit est fraîche. On quitte alors Ushuaia avec un seul regret, ne pas avoir eu un jour de plus car elle l'aurait mérité. Comme d'habitude, le voyage permet de se faire son propre avis sur ce que certains n'ont pas forcément aimé. Je suis bien content de ne pas les avoir écouté. Un peu moins quand je vois ce qui nous attend pour notre prochaine destination, avec notamment trois nuits dans le bus. Le prix à payer pour revenir du bout du monde.




















Commentaires