Comme un air de bout du monde à Caleta Tortel
- Isabel
- 27 mars
- 4 min de lecture

Dès le début de notre voyage on avait entendu parler de Caleta Tortel. Mais ces derniers jours, ce nom semblait être dans toutes les bouches des Chiliens que l'on croisait. Alors, le temps de réfléchir un peu et notre plan changeait, encore.
La carretera austral, seule route traversant le sud du Chili, se termine à Villa O'Higgins. C'est d'ailleurs l'objectif de beaucoup de personnes. Pour nous ça n'a jamais été le cas. Après Puerto Rio Tranquilo, on pensait traverser la frontière avec l'Argentine au niveau de Chile Chico - Los Antiguos. Mais la mention répétée de Tortel et la possibilité de retrouver des connaissances à Cochrane pour un costumbrista nous ont fait revoir nos plans.
Après un court trajet en bus vers Cochrane et une rapide nuit en camping, on est en route pour Tortel. La route n'est toujours pas asphaltée et ça secoue pas mal. Mais le désagrément est vite effacé devant les paysages spectaculaires. Alors que nous nous approchons de notre destination, le bus s'arrête au milieu de nulle part. La raison ? Une voiture coincée dans le gravier de la route.
Tout le monde descend et met la main à la patte. Une voiture tire à l'aide d'une corde et quelques voyageurs du bus poussent à l'arrière. Le troisième essai est le bon et c'est sous un tonnerre d'applaudissements que les automobilistes reprennent la route, un sourire reconnaissant aux lèvres.

Après cette courte interruption nous voilà arrivés à Tortel. Ce qui rend ce village si unique ? Deux choses. Tout d'abord Caleta Tortel était isolé du reste du Chili jusqu'en 2003. Avant, aucun accès par la route. Et la deuxième : si la route atteint aujourd'hui Tortel, elle n'arrive que jusqu'en haut du village. Car, dans cette communauté, aucune rue, même pas en terre ou gravier. Le village n'est composé que de passerelles en cèdre. Pas de voiture ou de motos pour se déplacer, mais uniquement les pieds, les vélos ou le bateau.
Alors on charge nos sacs sur nos dos et on descend le long escalier qui nous amène au bord du fjord. Lors de nos 20 minutes de marche, le long de la passerelle côtière, on a le temps d'admirer le village. Les maisons sont construites à flanc de falaise et, entre chacune d'entre elles, courent les passages en bois. Parfois on tombe sur une petite place, en forme de belvédère en cèdre. Et, sur notre gauche, s'étend le fjord à la couleur laiteuse, parsemé de bateaux aux différentes formes. C'est vrai que Caleta Tortel a un charme fou !

On prend le temps de s'installer dans notre logement d'une nuit. En plus, on a la chance d'être surclassés ! Le temps de déjeuner avec une vue incroyable et on se lance dans une randonnée. On va jusqu'au bout des plateformes de cèdre. On profite un peu de la plage et de sa balançoire puis rapidement on arrive au début du chemin de randonnée.
On pensait que ce serait tranquille. On avait tort. Au début c'est charmant. La végétation est assez dense, ça nous rappelle un peu la Nouvelle-Zélande. Quelques planches de bois forment le chemin. Mais, une fois sortis de la forêt, on se retrouve face aux montagnes et... à la boue ! À partir de là, c'est escalade et tests du terrain pour ne pas s'enfoncer jusqu'à mi-mollet... Mais la randonnée vaut tout de même le détour. Plus on s'élève et plus les points de vue sur le fjord sont magnifiques.
Au bout d'une heure on aperçoit au loin une cascade puis le chemin commence enfin à redescendre. On retrouve les planches de bois (parfois un peu glissantes) et on aperçoit l'héliport de Caleta Tortel, atteignable, lui aussi, par une passerelle de cèdre. Après un long escalier qui nous ramène dans le village, il nous reste à reprendre la passerelle côtière pour rejoindre notre logement et notre dîner bien mérité.

Le lendemain on se lève et c'est un petit-déjeuner royal qui nous attend dans la salle à manger. Notre hôtesse nous a même cuisiné des crêpes au dulce de leche. À tomber par terre ! Le reste de notre programme est plutôt tranquille. Enfin, sur le papier... Car on va vite se rendre compte que lorsque la passerelle côtière a besoin d'être réparée, les choses deviennent alors plus sportives.
On monte à différents points de vue sur le village. On profite de ses places, de ses sculptures en bois. On fait aussi le tour des petites boutiques d'artisanat et on visite le musée retraçant l'histoire du fjord et de ses écosystèmes. Il ne nous reste plus qu'à récupérer nos affaires et remonter à la route où nous attend le bus. Oui mais voilà, le problème c'est qu'une partie de la passerelle côtière est en réparation et que, pour rejoindre la route, il nous faut monter un long escalier puis en descendre un autre pour remonter à nouveau vers la route. Le tout chargés de nos quatre sacs. Sportif on vous a dit !

On part tôt du logement, on fait des pauses. On profite des vues sur le fjord et du charme des passerelles pour souffler. À croire que Tortel a fait exprès d'être en réparation pour qu'on profite une dernière fois de ce lieu si unique. Peut-être que ce village est magique après tout...
Un dernier long escalier et nous voilà au bus ! Après un retour à Cochrane sans difficulté, on monte notre tente dans un énième camping. Une chorrillana dans un cadre très authentique et il est temps de se coucher. Car demain c'est un autre genre d'aventure qui nous attend...
















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